Congrès Ufipa 2022 : la profession au rendez-vous !

Congrès Ufipa 2022 ©Pyc Media

Les 16 et 17 juin 2022, la filière papeterie s’est donné rendez-vous au Mouratoglou hôtel de Biot, dans le sud de la France, pour une nouvelle édition du Congrès Ufipa, la première en présentiel depuis 2019. Plus de 150 personnes, représentant fournisseurs et distributeurs, ont ainsi pu échanger sur les défis du secteur pour les mois et années à venir. Le jeudi matin, l’assemblée générale de l’Ufipa a ouvert le congrès. Le président de l’association Laurent Proy et son comité directeur ont réaffirmé les engagements de l’Ufipa : publication de données sur les différents marchés en partenariat avec GfK, promotion de l’écrit par le biais de multiples initiatives, communications auprès des acteurs publics et de la presse nationale, dialogue entre fabricants et revendeurs, etc*. Un autre sujet important a été le déploiement de la plateforme d’intermédiation PBS et de la nomenclature e-class pour favoriser la qualification et la standardisation des données entre acteurs de l’industrie et de la distribution. D’ailleurs, Franck Baron (qui avait pris sa retraite de Durable France en début d’année) accompagne désormais PBS dans son implantation auprès des entreprises de la papeterie française.

Carole Beyly, GfK ©Pyc Media

Retour sur 2021
Carole Beyly, consultante senior chez GfK, a ensuite présenté l’étude filière 2021. L’an dernier, le marché de la papeterie et des fournitures de bureau s’est élevé à 5,1 milliards d’euros, en recul de 1,3% par rapport à 2020, après un exercice 2020 en légère progression (+0,6% par rapport à 2019). Le cabinet d’audit précise que la filière est menée par trois catégories de produits qui représentent la moitié du chiffre d’affaires du secteur : les consommables d’impression, l’ensemble écriture traçage – adhésifs – maroquinerie, et le papier reprographique – étiquettes. Après une année 2020 au top pour les consommables, cette famille baisse nettement en 2021, -14,4%. Ce repli participe fortement à la décroissance globale. Hors consommables, GfK estime que le marché afficherait +2,8%. En revanche, l’écriture traçage, le mobilier et la diversification progressent.
Du côté des circuits de distribution, les ventes B to C constituent 51,4% du chiffre d’affaires, et le B to B 48,6%, soit +2,6 points pour les ventes aux professionnels. Les grandes surfaces alimentaires ont un CA de 1,611 milliard d’euros, devant l’activité contract avec 1,052 milliard d’euros. Suivent les spécialistes culture et pure players avec 843 millions d’euros, puis les superstores avec 800 millions d’euros, la vente à distance avec 574 millions d’euros, et 267 millions d’euros pour les indépendants, grossistes scolaires, discounters, etc. Comme sur les produits, le recul global est clairement entrainé par le repli du circuit principal qu’est la GSA (-12,7%). Avec la réouverture des entreprises, l’activité B to B est plus dynamique, +4,4% en valeur. La vente à distance atteint même +13,7% grâce à des effets de rattrapage. Les superstores sont toujours dans une bonne énergie avec +6,3%. Quant au online, il poursuit sa progression même si le magasin reste le lieu d’achat principal.

Premiers chiffres 2022
Lors de ce Congrès Ufipa, GfK a également dévoilé les premières tendances du marché Office pour 2022. Pour information, depuis le début de l’année, l’organisme a enrichi son panel circuits de distribution afin de fournir des données plus précises. Entre janvier et avril 2022, 164 millions d’unités ont été écoulées (-2,1%) pour un chiffre d’affaires de 923 millions d’euros (-3,5%). Cette tendance baissière se confirme depuis 2019. Les circuits professionnels reprennent néanmoins le dessus : la GSA enregistre -12,3%, les superstores -6,4%, les surfaces culturelles et pure players généralistes -2,7%, tandis que le contract est à +7,5% et la vente à distance +19,2%. En observant les produits, toutes les familles sont en repli sauf le papier reprographique (+11%) et les piles (+10%). GfK remarque que sur ce premier quadrimestre, les hausses de prix sont en moyenne inexistantes (-0,4%). La situation est toutefois contrastée selon les catégories, et le mois d’avril montre une augmentation sensible des tarifs (+2,4%).

Un management inspiré des grands singes ?
Après une pause déjeuner, les congressistes ont accueilli le paléoanthropologue français Pascal Picq pour une intervention sur la thématique « Les chimpanzés et le télétravail ». Le maître de conférences au Collège de France a notamment interrogé la notion de travail à travers les âges, de la chasse/collecte nécessaire à la survie au travail soumis par d’autres (l’esclavage), jusqu’au travail moderne organisé autour de la généralisation des technologies. Pour le chercheur, après la seconde guerre mondiale, l’économie s’est tertiarisée, mais l’organisation du travail est restée industrielle : « nous avons transposé l’organisation des usines aux bureaux, en automatisant les tâches des humains comme celles des machines. » Pour Pascal Picq, cette hiérarchisation classique est restée jusqu’à ce que la Covid ne la bouleverse avec le télétravail, qui a révélé les inégalités, les risques psychosociaux, etc. La crise sanitaire a ainsi montré le rôle social du travail. C’est là que le paléoanthropologue a commencé son parallèle avec les chimpanzés, expliquant que « la question n’est pas la hiérarchie mais comment elle s’exprime ». En comparant les organisations sociales de différentes espèces de singes, il a remarqué que les chimpanzés étaient dans un modèle collaboratif avec un partage de tâches entre dominants et dominés en fonction des qualités de chacun, un management intermédiaire plus efficace selon Pascal Picq.

Eric Hayer, OFCE ©Pyc Media

La fin de l’inflation ?
La première journée du congrès s’est poursuivie avec un temps de réseautage puis une soirée festive. Le lendemain matin, les congressistes avaient rendez-vous avec l’économiste Eric Hayer, qui était déjà intervenu lors d’une journée Ufipa en octobre 2021. Le directeur du département analyse et prévision à l’Observatoire français des conjonctures économiques a parlé du prix de la sortie de la crise sanitaire, de la dette publique à l’inflation. Pour lui, le conflit ukrainien est venu freiner l’élan économique français, sans pour autant l’arrêter, rappelant que de nombreux carnets de commande étaient pleins, et que le problème principal se situe au niveau des approvisionnements et du recrutement pour assurer la production industrielle. Dans ses scenarii, 2022 sera encore une année complexe, avant un retour à la normale en 2023 « sans résurgence du Covid ni nouvel évènement majeur ». Dans ce contexte incertain, Eric Hayer prévoit le maintient de prix élevés (par rapport à des prix qui étaient bas depuis plusieurs années). Cette stabilisation haute fera disparaitre, de fait, l’inflation. Le coût des différentes crises rencontrées depuis deux ans ne pourra pas être absorbé par l’Etat seul. Il devrait aussi être porté par les ménages et les entreprises : « Il est faux de penser que nous allons nous en sortir sans pertes, chacun va devoir contribuer pour compenser et éviter la récession », a insisté le chercheur.
Le congrès de l’Ufipa s’est ensuite conclu avec une assemblée générale de l’AIPB.

*Retrouvez l’interview de Laurent Proy dans Le Papetier de France n°853, Mai-Juin 2022.

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