Economie circulaire : à la découverte du label Cradle to Cradle

En mars dernier, le fabricant de papier Lessebo Paper recevait la certification « Or » du label Cradle to Cradle pour ses gammes graphiques de papier non couché Lessebo Design et Scandia 2000. En novembre 2020, c’était la papeterie Arctic Paper Munkedals qui obtenait le niveau « Bronze » du même label international pour l’ensemble de ses références. Un petit tour sur le site de Cradle to Cradle (« du berceau au berceau » en anglais) montre que d’autres marques de notre secteur se sont déjà engagées dans cette démarche de certification : B-Silque, Stabilo, Steelcase, etc. Le Papetier de France est parti à la découverte de ce label sans concession sur la conception circulaire des produits. Rencontre avec Christine Guinebretière d’Upcyclea, entreprise évaluatrice générale pour la France.

Christine Guinebretière, Upcyclea.

Pouvez-vous nous présenter la certification Cradle to Cradle ?
William McDonough et Michael Braungart ont fondé Cradle to Cradle au tout début des années 1980. Ils ont sorti leur premier label en 1991. Cradle to Cradle est une norme internationale de l’économie circulaire. Elle montre qu’un produit, du point de vue de son design, est bon pour la santé et l’environnement, dans toutes les phases de son cycle de vie, de sa conception à son utilisation à ses prochaines vies. Il existe cinq niveaux, de basique à platine, en passant par bronze, argent et or. La grande différence de Cradle to Cradle est que la certification n’est décernée que quand l’entreprise, le fabricant, explique comment son produit est fabriqué, et remet également sa liste de composants et substances à des évaluateurs comme nous (contre contrat de confidentialité bien entendu). Autrement dit, nous certifions la recette du produit, ainsi que ses ingrédients !

Concrètement, en quoi consiste cette démarche ?
Cinq critères sont audités : la non-toxicité et la recyclabilité du produit, la gestion de l’eau et de l’énergie sur le site de production, et le bilan sociétal de l’entreprise. Sur chaque critère, un questionnaire complexe doit être rempli, puis il y a deux types d’évaluations. La première est une évaluation chimique, c’est-à-dire que nous passons au crible l’ensemble des substances présentes dans le produit. Nous vérifions non seulement l’interaction entre les substances, mais aussi l’interaction des substances avec les opérateurs qui les manipulent, l’interaction des substances avec les utilisateurs, et les interactions sur l’environnement lors de la fin de vie du produit. La deuxième évaluation se passe sur le site de production pour vérifier que ce qui nous a été déclaré est une réalité sur le terrain : nous auditons les quantités achetées et livrées, les dosages, l’impact du site sur l’environnement, le bilan sociétal, etc. Cradle to Cradle est une certification très radicale, c’est un label international (les critères sont les mêmes quel que soit le pays) que l’entreprise doit renouveler tous les deux ans.

Vous dites que le label est international, mais comment s’adapter aux différentes législations des divers pays dans lesquels le label est présent ?
Cradle to Cradle et ses experts font un vrai travail de veille constante sur l’actualité de la chimie des matériaux pour que nous restions plus exigeants que la plupart des législations et autres labels existants. Nous sommes plus sévères que le règlement européen REACH par exemple.

En 2021, Lessebo Paper a reçu la certification Cradle to Cradle, niveau « Or », pour ses papiers graphiques non-couchés Lessebo Design et Scandia 2000.

Vous examinez la fabrication des produits et ses conséquences environnementales et sanitaires. Qu’en est-il de leur fin de vie ?
Dans la quatrième version de la certification (mise en œuvre en juillet 2021), pour atteindre les plus hauts niveaux, il faudra faire la preuve de la récupération des produits en fin d’usage. Attention à ne pas mélanger l’économie circulaire avec le recyclage et le réemploi. Il faut bien comprendre que dans l’économie circulaire, trop peu de personnes s’intéressent à la non-toxicité des matériaux qui constituent les produits, or après usage, ces produits sont remis dans des boucles de recyclage, en perdant toute traçabilité des matières premières. Des substances potentiellement dangereuses pour la santé et l’environnement sont donc envoyées dans des boucles circulaires. Vous déplacez la toxicité ! Le combat que mène Cradle to Cradle est de prévoir les vies futures d’un produit dès sa conception, en mettant par exemple la juste quantité de matériau dans la fabrication du produit pour correspondre au temps d’usage constaté sur le marché. C’est peut-être complexe mais c’est aussi très challengeant.

Au niveau de la communication du label, la cible est-elle plutôt B to B ou B to C ?
La certification appartient à l’organisme public de certification Cradle to Cradle. Jusqu’à présent, il faisait une communication principalement B to B, mais à partir du deuxième trimestre 2021, elle sera aussi B to C parce que des marques grand public (notamment de vêtements et de cosmétiques) sont maintenant certifiées. L’organisme communiquera donc désormais auprès des professionnels et des consommateurs pour mieux faire connaître le label de tous.

Pour en savoir plus, rendez-vous sur les sites d’Upcyclea et de Cradle to Cradle.

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