DLP, 3-LCD, à lampe, laser: le marché des vidéoprojecteurs rime avec diversité

Nec chasse les nuisances sonores avec le vidéoprojecteur P605UL qui garantit un niveau vraiment bas, 19 décibels.

Au plafond, sur la table de réunion, dissimulé dans un meuble… le vidéoprojecteur est un outil bureautique courant. Peu d’utilisateurs lui accordent de l’attention. Pourtant, sous une apparente homogénéité, cette famille de produits cache une réelle diversité.

Si le marché des vidéoprojecteurs n’est pas aussi dynamique que d’autres catégories de la fourniture de bureau, il se vend toutefois environ 300 000 pièces par an en France. La stabilité du secteur dissimule un déplacement des ventes vers deux types de produits : les moins chers ou au contraire les références à plus forte valeur ajoutée. Chez LDLC, « nous estimons que les deux tiers des ventes concernent les clients B to B. Si le marché régresse en volume, il reprend des couleurs en termes de valeur avec l’émergence des références led et laser », estime Jean-Claude Chaix, acheteur du groupe. L’offre en vidéo-projection est en effet hétéroclite, avec des produits aux technologies diverses, destinés aux particuliers comme aux professionnels, et prévus pour une multitude de métiers !

LCD, DLP, laser… Comment s’y retrouver ?
Aujourd’hui, sont présentes sur le marché deux grandes technologies. « Elles concernent la matrice des vidéoprojecteurs, soit l’élément qui permet de générer l’image, explique Maxime Lemoine, responsable marketing de la division corporate et éducation chez Sony. Le DLP dispose d’une seule matrice et d’un système de roue chromatique pour décomposer la lumière en différents coloris (un brevet Texas Instrument). Sony travaille plutôt avec la technologie 3-LCD (avec Epson) dont les trois matrices à cristaux liquides (pour les couleurs primaires rouge, vert et bleu) reproduisent l’image avec un rendu optimal. » Il existe une sous-division du 3-LCD (son nom diffère selon les marques), encore plus sophistiquée, pour les home cinéma et les applications évènementielles.
Indispensable également pour le bon fonctionnement d’un projecteur : la source lumineuse. La plus répandue dans les bureaux reste la lampe au mercure, avec une durée de vie entre 3 000 et 5 000 heures. Elle est petit à petit détrônée par les lampes à led qui ont une durée de vie cinq fois supérieure, puis par la technologie laser qui offre une très forte luminosité et une durée de vie entre cinq et dix fois supérieure.

Cet été, Canon a étendu son offre de projecteurs portables avec la gamme LV, des produits haute luminosité qui ne pèsent pas plus de 3,3 kg.

Les différents critères de choix
Un acheteur professionnel doit choisir son vidéoprojecteur selon plusieurs critères. « Le premier facteur est la résolution, le nombre de pixels pour déterminer la qualité de l’image en fonction de la pièce. Deuxième enjeu : la luminosité de la salle où est installé l’appareil. Troisième critère : le choix de la focale selon la distance entre le projecteur et la surface de projection. Le prix entre en compte après ces trois points fondamentaux », observe Jean-Claude Chaix. La résolution est donc le nombre de pixels qui forment l’image. Plus il y a de pixels, plus l’image est précise et peut être agrandie. Les hautes performances, Full HD, WUXGA, Ultra HD 4K sont utilisées pour les systèmes home cinéma. Au bureau, les formats SVGA, XGA, WXGA sont les plus communs (800 x 600 pixels à 1280 x 800 pixels).
Les technologies 3-LCD ou DLP disposent ensuite de différentes options pour améliorer les contrastes en prenant en considération la luminosité ambiante de la pièce (clarté pour une salle de réunion, obscurité pour une salle de projection). En condition de forte luminosité, le matériel doit être puissant en lumière. Dans son guide d’achat, Bruneau conseille ainsi une puissance de 3 000 lumens au minimum pour une salle de réunion.
Enfin, le rapport de projection est particulièrement important puisqu’il détermine la distance de recul idéale pour que la qualité de l’image soit la meilleure. Inférieur à 1 (focales courtes et ultra-courtes), l’écran peut être placé à moins de 5 mètres du projecteur. Entre 1 et 2, focales moyennes, le recul se situe entre 3 et 5 mètres. Au-dessus de 2, focales longues, le projecteur peut être positionné au-delà de 5 mètres, la solution pour un amphithéâtre par exemple.

La nouvelle donne est le déploiement des technologies led et laser pour remplacer les lampes au mercure, pour des raisons écologiques et pour la durée de vie du produit.
Jean-Claude Chaix, LDLC.

Quels produits pour quels clients ?
Les utilisateurs professionnels peuvent être divisés en trois catégories, comme le rappelle Jean-Michel Pavie, category manager chez Lyreco : « Nous travaillons avec le monde de l’éducation avec une dimension interactive, avec la bureautique pour l’équipement de salles de réunion plus ou moins grandes, et avec des acteurs de l’évènementiel ou de la muséographie pour la projection en environnement. La technologie DLP est plus adaptée aux usages vidéo quand le 3-LCD est omniprésent dans la bureautique. » Ces différents types d’utilisateurs peuvent heureusement compter sur leurs distributeurs dédiés pour sélectionner les produits adaptés et les guider selon leurs besoins réels. Les plus courtes focales sont ainsi recommandées aux établissements scolaires pour rapprocher le projecteur de l’écran, quand les focales longues sont conseillées pour l’évènementiel où le projecteur doit être situé derrière le public.

Ultracourte focale pour ce modèle PJ WX4152 de Ricoh. Il permet de projeter à partir de seulement 11,7 cm du mur.

La vidéo-projection au bureau
Le marché bureautique est assez conservateur en matière de vidéo-projection – les acheteurs visent le bon rapport qualité/prix ! Emmanuel Bousquainaud, key account manager chez Canon, constate que « le bureau se positionne sur des produits en dessous de 2 000 euros, principalement entre 500 et 1 000 euros. Les acheteurs recherchent l’accessibilité, une bonne visibilité et une connectique assez riche. La grosse tendance du moment est l’endurance dans le temps avec des sources lumineuses atteignant jusqu’à 20 000 heures d’utilisation. » Même constat chez le distributeur Bruneau : « Le laser se démocratise car la projection est lumineuse, il n’y a pas de délai à l’allumage et la lampe est très durable, mais ce n’est pas encore ce qui se vend le plus. La demande est faible en B to B pour ces références hautes performances. » Souvent, les équipements à la pointe de l’innovation sont suggérés par des agenceurs pour de grandes entreprises. « Pour les TPE-PME, les habitudes et l’adoption du matériel sont déterminantes, note Franck Sublemontier de Nec Display Solutions. Souvent il a déjà fallu plusieurs mois pour que les collaborateurs se familiarisent avec une technologie, alors quand le projecteur arrive en bout de course, il est remplacé sans refaire toute l’installation. »

Au bureau, le marché reste sur des classiques, le laser n’existe quasiment pas, il faut en avoir des usages très avancés. »
Jean-Michel Pavie, Lyreco.

Les fabricants poussent le laser
Pourtant, chez les fabricants d’équipements de vidéo-projection, l’innovation réside clairement dans le laser. « En ce moment nous communiquons auprès des revendeurs et des clients en mettant en avant le retour sur investissement. Les distributeurs sont très réceptifs car, au lieu de faire du volume à petits prix sur les lampes, ils peuvent aller vers la valeur avec le laser », confirme Emmanuel Bousquainaud. Les arguments en faveur du laser pleuvent – durabilité, rapidité d’allumage, entretien – mais les prix restent élevés et en arrêtent certains. « La technologie laser est certes plus chère, mais elle est plus fiable », argumente Franck Sublemontier. Chez Optoma, Emmanuelle Lorgerie en est convaincue, « les prix seront bientôt moins élevés, notamment pour la bureautique, et cette technologie ne sera plus réservée aux grandes salles. Avec des produits de plus en plus compacts, nous nous orientons assurément vers le sans lampe ».  Avis partagé par Sony : « Le laser a permis de remettre de la valeur sur le marché de la vidéo-projection où la lampe avait provoqué une érosion des prix. Mais la guerre des prix est déjà lancée sur le laser, les produits vont devenir compétitifs. »

Le projecteur lumineux led 1080 p Optoma LH200 dispose d’une batterie intégrée pour les professionnels nomades.

Quelle place pour l’interactivité ?
Les écrans, simples ou interactifs, mettent-ils en danger le marché des vidéoprojecteurs ? Oui et non. Dans les petites salles de réunion, un écran TV pourra être privilégié, plus facile à utiliser pour certains, mais pour de grandes surfaces de projection, le relais d’un projecteur reste inévitable. « Ce sont deux produits complémentaires. Les tableaux interactifs que vous trouvez dans l’enseignement sont généralement associés à un projecteur courte focale pour interagir et rendre les présentations plus vivantes », explique Nicolas Chevalier de Bruneau. Une autre question est le budget du client car les écrans intelligents coûtent bien plus chers. « Le projecteur est parfait pour un acheteur dont le budget est limité et il suffit pour certains usages, remarque virginie Guimares, chef de produits digital workplace chez Ricoh. En revanche, si le client est en phase de transformation digitale, nous conseillons des solutions comme les écrans interactifs. » Pour Jean-Michel Pavie de Lyreco, « il y a un attentisme avec les écrans de télévision mais ce n’est pas forcément le bon choix, ils ne sont pas toujours adaptés à l’activité B to B ». Effectivement, si les écrans séduisent au premier abord, ils ne s’imposent pas encore par manque de flexibilité pour des surfaces atypiques, dans des salles trop lumineuses, sans évoquer la sous-utilisation de la technologie par les collaborateurs.

Le marché baisse légèrement en termes de volume mais les clients montent en gamme. Ils veulent des produits pouvant diffuser des images de qualité supérieure malgré des salles elles-mêmes lumineuses. »
Nicolas Chevalier, Bruneau.

Vers la mobilité et le silence
Pour faire face aux nouvelles habitudes de consommation, y compris chez les pros, la vidéo-projection doit trouver de nouveaux ressorts d’innovation. Le marché mise ainsi sur le confort d’utilisation. « Avant d’envisager une prochaine évolution technologique, il faut atteindre la maturité sur le laser, selon Emmanuel Bousquainaud chez Canon. Les prochaines étapes sont des machines plus compactes, plus légères et plus silencieuses. » Des produits de moins en moins bruyants sont ainsi à l’étude, comme chez Nec où un boitier hermétique assure un volume sonore entre 19 et 22 décibels, l’équivalent d’un chuchotement. La mobilité est également un enjeu pour cette famille de produits. « Le marché s’oriente vers des modèles de plus en plus petits en taille avec une bonne luminosité et une belle surface de projection, pas des pico-projecteurs qui s’adressent davantage au B to C, mais des appareils qualitatifs, transportables d’une pièce à une autre », conclue Nicolas Chevalier.

Article initialement paru dans Le Papetier de France n°836 – Septembre 2019.

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