« Le premier défi est de savoir demander de l’aide », entretien avec la Fédération Eben

Delphine Cuynet, directrice générale de le Fédération Eben, et Yves Salaün (Groupe Facility), président de la commission Papeterie.

Pendant la crise sanitaire due à l’épidémie de Covid-19, la Fédération Eben a agi au quotidien pour informer et guider ses adhérents dans les méandres des mesures gouvernementales. La directrice générale de la fédération Delphine Cuynet et le président de la commission Papeterie Yves Salaün évoquent cet épisode et ses conséquences dans le dernier numéro du Papetier de France. Extraits.

Dès la mise en confinement de la France, comment la Fédération Eben a-t-elle été présente auprès de ses adhérents, entreprises du bureau et du numérique ?
Delphine Cuynet :
Comme tout le monde, nous avons été pris au dépourvu par la tournure qu’ont pris les évènements et nous avons dû composer. Pour un dirigeant d’entreprise, dans une situation totalement inédite comme celle-là, ce n’était pas évident de s’y retrouver. Des décrets et ordonnances sortaient quasiment tous les jours, or quand on n’est pas juriste, il faut digérer l’information, la décrypter… C’est là que nous avons observé la force du collectif que représente une fédération comme Eben. Je pense qu’il y a eu une prise de conscience des chefs d’entreprises et des pouvoirs publics de l’importance que peuvent avoir les corps intermédiaires dans ces moments de crise. Les fédérations ont plus que jamais joué leur rôle d’interface entre les institutions et les entreprises.

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Craignez-vous que certains distributeurs ne parviennent pas à surmonter la crise ?
Yves Salaün :
Nous sommes encore tous sous perfusion avec le chômage partiel, les PGE, etc. Ca aide à passer le cap mais il faut garder à l’esprit que tout ça n’a qu’un temps. Les cotisations, les Urssaf, les loyers, si il n’y a pas d’annulation, il faudra bien les payer. Comment va faire une entreprise qui n’a pas engrangé de chiffre d’affaires pendant plusieurs semaines ou mois et n’a donc pas de trésorerie ? C’est là qu’il faut être très vigilant. Il va y avoir une deuxième vague économique avec beaucoup de gens à accompagner, non seulement financièrement et stratégiquement mais aussi psychologiquement. Certaines décisions seront très dures à prendre humainement, or un chef d’entreprise est très seul. Quand ça va mal, on n’en parle ni à ses collaborateurs ni à ses confrères et consœurs. Il faudrait décomplexer tout ça.

Vous appelez les dirigeants à oser dire quand ça va mal ?
Y.
S. : C’est exactement ça. Le premier défi est de savoir demander de l’aide parce que nous sommes tous habitués à nous débrouiller tout seuls. En France, un chef d’entreprise, c’est très pudique. Mettre la clé sous la porte, c’est la honte, c’est mal vu. Au-delà de la blessure personnelle, ça devient un échec aux yeux des autres. Demander de l’aide peut alors être perçu comme une preuve de faiblesse alors que ce n’est absolument pas le cas. Un chef d’entreprise est aussi un humain et quand le mur est trop haut… il ne faut pas attendre que ce soit trop tard pour en parler. Bien sûr, en face, il faut aussi des personnes bienveillantes, c’est pour ça qu’il faut faire partie d’une fédération. Un organisme comme Eben dispose d’une structure et bénéficie de la pluralité des métiers de ses 2000 adhérents. Nous sommes tous des dirigeants qui mettons nos expériences en commun pour penser des garde-fous. Il y a aussi les associations de chefs d’entreprises, des programmes au sein des chambres de commerce, etc. Il ne faut pas rester seul, confiné dans son entreprise en difficulté !

Aujourd’hui, quelles sont les actions d’Eben pour favoriser la reprise de l’activité ?
D.
C. : Nous continuons d’accompagner nos adhérents et d’essayer de peser sur les pouvoirs publics pour soutenir ces entreprises, cette économie, et que la reprise s’amorce. Nous avons notamment demandé que les organismes d’Etat et collectivités locales jouent le jeu en choisissant d’acheter chez nous. Il faut qu’ils relancent des appels d’offres, qu’ils donnent l’élan pour cette reprise.

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Retrouvez l’intégralité de cet entretien dans Le Papetier de France n°841 – Juin-Juillet 2020. Pour plus d’infos sur nos offres d’abonnement, cliquez ici.

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